Couleurs kanak

Déjà trois semaines en Nouvelle-Calédonie. Les riches moments passés avec nos hôtes Kanak sont chronophages. Ici, on prend le temps de vivre, de rencontrer du monde, de rester boire un jus de mangue à l’ombre d’un arbre, de discuter, surtout de discuter. Dans la culture Kanak, la parole et la Coutume sont omniprésentes, ce sont la base de tout. Difficile de ne pas s’en rendre compte.

Jacques, alias Metre (prononcez métché) en langue drehu (Lifou), nous accueille à la sortie de l’avion les bras grands ouverts. Notre sésame, Bruno, a travaillé pendant des années au Vieux Temple de Nouméa et y a laissé son empreinte.

Le presbytère du Vieux Temple de Nouméa

C’est dans la chambre de passage du presbytère, un appartement à part entière, que nous logerons pour toute la durée de notre séjour. Mais avant, il convient de faire la Coutume, de faire un « petit geste ». Le geste coutumier s’effectue à de multiples occasions : naissance, mariage, décès et toutes sortes de rites de passages – comme le premier rasage d’un garçon, par exemple – ou encore lors de l’arrivée dans un lieu et lors de son départ. Un bout de manou (un tissu coloré couvert d’imprimés) et/ou quelques francs pacifiques sont offerts à ces occasions de part et d’autre.

En faisant ce geste, on symbolise le lien ; on prend la parole avec humilité, on s’exprime librement, quitte à déverser ses émotions. C’est un moment d’échanges et de respect. Notre premier geste est donc pour le pasteur du Vieux Temple. Jacques se fait notre porte-parole, première fois oblige. Tout en lui donnant un manou, il nous présente et lui demande de bien vouloir nous accueillir sous son toit. Le pasteur accepte et nous invite dès lors à sa table pour partager un repas. Par cet échange de gestes, nous sommes ici chez nous.

La coutume se fait traditionnellement dans les cases. On y entre en s’abaissant, signe d’humilité de celui qui se présente devant son hôte.

Au fil des jours, nous rencontrons les paroissiens de passage sous les fraîches arcades. Chacun se montre accueillant et se met en quatre pour nous aider. L’accueil et la générosité : deux maîtres mots en Nouvelle-Calédonie. Une des raisons pour laquelle, les évangélistes, les colons, les baleiniers et les santaliers ont été si bien reçus au fil du temps.

Lors de ces rencontres, chacun parle de sa culture et de celle de l’autre, de la perception qu’il en a. De quoi réfléchir sur notre société. Un petit groupe de jeunes de la paroisse s’est rendu en France et à Genève pour une visite de trois semaines. L’occasion de voir pour la première fois de la neige… « Le froid, c’est comme être dans un congélateur », compare une paroissienne. Pas faux. Elle poursuit : « j’ai remarqué que pour vous les monuments historiques sont très importants. Ce n’est pas le cas chez nous où l’Homme a plus de valeur ». Pas faux, cf. Anne-Christ hallucinée de dormir dans un monument historique (le presbytère du Vieux Temple) !

Accueillis par des Kanak, nous nous imprégnons de leur culture traditionnelle et faisons de notre mieux pour respecter leurs us et coutumes : pas de geste d’affection en public, pas de tenue trop découvertes (épaules, genoux), ne pas les fixer dans les yeux lorsqu’ils prennent la parole pendant la Coutume, par exemple.

Anne-Christ en "robe mission", habit imposé par les pudiques missionnaires et devenu vêtement quotidien des femmes kanak.

Mais la Nouvelle-Calédonie, ce n’est pas une seule communauté. Polynésiens, autres Mélanésiens, Asiatiques et une population « française ». Cette dernière est composée des Caldoches et des Métros. Les premiers sont les descendants des forçats ou des premiers colons français, les seconds sont des Français venus travailler pour un temps en Nouvelle-Calédonie. Si des rapprochements sont en cours entre les Kanak et les Caldoches (les Calédoniens devant décider du statut politique de leur pays en 2014, des alliances se forment), les communautés vivent relativement séparées, d’après ce qu’on nous a dit.

Samedi 9 avril, manifestation pour le "drapeau commun"

Nous rencontrons un couple de Caldoches, Jeanine et Michel, des amis de Bruno, ainsi qu’une famille métropolitaine – Sylvie, Laurent et leur fille Léa – qui nous a bien aidé dans l’organisation de notre séjour. C’est l’occasion non seulement de dîners sympathiques et de découvertes culinaires (crevettes de la région, ignames, patates douces, bananes poingo, choux calédoniens, on se régale !), mais aussi de conversations sur le pays. Au final, on croise les points de vue pour tenter d’avoir une vision complète. Un vrai travail journalistique, non ?

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Une réponse à “Couleurs kanak

  1. Génial de lire vos récits de Nouvelle-Calédonie! ça faisiat plusieurs jours que je guettais votre blog pour assouvir ma curiosité! J’espère que vous avez eu un beau week-end de Pâques (en fait, c’est tout le temps le week-end pour vous!!!!).
    Bisous et bonne suite de voyage!

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